La rentabilité d’un dossier se mesure en rapprochant les honoraires d’expert-comptable qu’il rapporte du coût du temps qu’il consomme : honoraires de la période, moins les heures réellement passées multipliées par le coût de revient horaire des personnes qui les ont passées. Le calcul demande trois données fiables : des honoraires ramenés sur une base comparable, un temps saisi au réel, et un coût de revient horaire calculé pour chaque collaborateur. Le résultat sert à décider, dossier par dossier, s’il faut revaloriser, redéfinir la mission ou ne pas la poursuivre.
Honoraires d’expert-comptable : ce que rapporte vraiment un dossier
Les honoraires sont libres. L’article 158 du décret du 30 mars 2012 prévoit qu’ils sont fixés entre le client et l’expert-comptable en fonction de l’importance des diligences à mettre en œuvre, de la difficulté des cas à traiter, des frais exposés et de la notoriété du professionnel. Il n’existe ni barème ni taux horaire officiel : chaque cabinet fixe ses prix, et c’est à lui de vérifier qu’ils couvrent le travail.
Le chiffre d’affaires d’un dossier ne suffit pas à le juger. Deux dossiers au même forfait annuel peuvent l’un payer largement son temps, l’autre en consommer le double. La seule question utile est celle-ci : pour chaque heure que le cabinet met dans ce dossier, combien le client paie-t-il, et combien cette heure coûte-t-elle ?
Marge du dossier = honoraires de la période − (heures passées × coût de revient horaire)
Taux horaire réalisé = honoraires de la période ÷ heures passées
Les sections qui suivent détaillent chaque terme, puis la façon de lire et d’utiliser le résultat.
Ramener les honoraires sur une base comparable
Un dossier facturé au mois pour la tenue, au trimestre pour le social et une fois par an pour le bilan ne se compare pas d’un coup d’œil à un dossier au forfait annuel. Il faut tout ramener à la même période.
| Récurrence de la mission | Montant mensuel | Montant annuel |
|---|---|---|
| Mensuelle | Montant × 1 | Montant × 12 |
| Trimestrielle | Montant ÷ 3 | Montant × 4 |
| Annuelle | Montant ÷ 12 | Montant × 1 |
| Ponctuelle | Comptée à part | Comptée à part |
Les missions ponctuelles (création, opération juridique exceptionnelle, accompagnement d’un projet) ne se mélangent pas aux honoraires récurrents : elles fausseraient la comparaison d’une année sur l’autre. On les rapproche de leur propre temps, mission par mission.
Trois précautions complètent le tableau :
- Raisonnez par exercice. Le temps du bilan de l’exercice N se passe en N+1 : le rapprochement se fait sur l’exercice traité, pas sur l’année civile de facturation.
- Séparez les missions. Tenue, bilan, social, juridique : une marge globale positive peut cacher une mission structurellement déficitaire, compensée par une autre.
- Retirez les débours. Les frais refacturés à l’euro près ne rémunèrent aucun temps.
Mesurer le temps réellement passé
Le temps est la donnée la plus fragile du calcul, et celle qu’on reconstitue le plus volontiers après coup. Un temps saisi le vendredi soir, de mémoire, arrondi à l’heure, ne permet aucune conclusion sur un dossier.
Les règles qui rendent le journal des temps exploitable sont simples :
- Le temps se saisit par tâche, le jour même. Pas par dossier en fin de mois.
- Tout le temps passé sur un dossier s’impute au dossier, y compris celui qui ne sera pas facturé : relances de pièces, échanges avec le client, recherches, corrections après revue. C’est précisément ce temps-là qui dégrade la marge.
- Le temps de l’expert-comptable du dossier et du chef de mission compte aussi. La revue, les rendez-vous et les arbitrages sont du temps de dossier, souvent le plus cher.
- La granularité est la minute, pas l’heure. Des saisies arrondies à l’heure supérieure gonflent les petits dossiers et masquent les écarts.
L’exhaustivité compte davantage que la précision au quart d’heure : un journal qui couvre tout le temps de l’équipe, même saisi par blocs, vaut mieux qu’un journal précis mais lacunaire.
Calculer le coût de revient horaire d’un collaborateur
Le coût de revient horaire se calcule pour chaque collaborateur, ou par profil (assistant, chef de mission, expert-comptable), et se met à jour au moins une fois par an.
| Composant | Ce qu’il comprend |
|---|---|
| Salaire brut annuel | Fixe, primes, heures supplémentaires payées |
| Charges patronales | Cotisations sociales, prévoyance et complémentaire santé à la charge du cabinet |
| Avantages | Titres-restaurant, véhicule, autres avantages |
| Quote-part des frais de structure | Loyer, logiciels, assurances, formation, encadrement non imputable, répartis entre les collaborateurs |
| Heures productives (diviseur) | Heures réellement imputées sur des dossiers clients dans l’année |
Coût de revient horaire = (salaire brut + charges + avantages + quote-part des frais de structure) ÷ heures productives
Le diviseur est l’endroit où se glissent les erreurs. Partez des heures payées : pour un temps plein en aménagement annuel, le seuil légal au-delà duquel les heures deviennent supplémentaires est de 1 607 heures (article L3121-41 du Code du travail). Retirez ensuite le temps qui n’est imputable à aucun dossier : formation, réunions internes, administration du cabinet, temps commercial. Le rapport entre heures imputées et heures payées, le taux d’imputation, est une donnée à suivre en soi : il dit quelle part du temps payé finit réellement sur des dossiers.
Le temps de l’associé se valorise de la même façon, avec une rémunération normative plutôt que ses prélèvements réels, qui varient selon le résultat. Sans cela, les dossiers suivis personnellement par l’associé paraissent toujours rentables. Pour les salariés, la grille de la convention collective des cabinets fixe un plancher de salaire par coefficient ; le coût réel se calcule sur la rémunération effectivement versée.
Du coût de revient au taux horaire cible
Le coût de revient dit à partir de quand un dossier perd de l’argent. Le taux horaire cible dit à partir de quand il en rapporte assez : c’est le coût de revient augmenté de la marge que le cabinet vise pour rémunérer l’associé, investir et absorber les aléas.
Ce taux cible sert à deux moments. À l’entrée d’un dossier, il transforme un budget d’heures en prix : un forfait se construit en estimant le temps de chaque mission, multiplié par le taux cible. En cours de vie, il sert d’étalon : on compare le taux horaire réalisé du dossier au taux cible et au coût de revient.
| Taux horaire réalisé | Lecture |
|---|---|
| Au-dessus du taux cible | Le dossier paie son temps et sa marge |
| Entre le coût de revient et le taux cible | Le dossier couvre son coût, la marge est entamée |
| Sous le coût de revient | Le dossier coûte plus qu’il ne rapporte |
C’est la réponse honnête à la question « quel est le taux horaire d’un expert-comptable » : il n’y en a pas un, mais chaque cabinet devrait connaître le sien, et savoir quels dossiers sont en dessous.
Boni et mali : lire l’écart entre honoraires et temps
Le boni ou le mali d’une mission est l’écart entre ses honoraires et la valeur du temps passé, calculée au taux horaire de référence du cabinet. Un mali signifie que la mission a consommé plus de temps que ses honoraires n’en paient.
Le chiffre seul ne décide rien. Ce qui compte, c’est sa cause, et sa répétition :
- Un mali ponctuel s’explique souvent par un événement : première année d’un dossier repris, contrôle fiscal, changement de logiciel, collaborateur nouveau sur le dossier. Il se constate, sans forcément appeler de décision.
- Un mali récurrent sur la même mission révèle un prix d’entrée trop bas ou un périmètre qui a grossi sans avenant.
- Un mali concentré sur le temps non facturé (relances, pièces tardives, échanges) pointe une organisation du client qu’une discussion peut corriger.
- Un boni important et durable n’est pas forcément une bonne nouvelle : il peut signaler une mission que l’on fait trop vite, ou un client qui finira par comparer.
Le boni et le mali se calculent par mission et par exercice. Une année de mesure donne une photographie ; deux ou trois années donnent une tendance, et c’est sur une tendance que l’on décide.
Repérer les dossiers à revaloriser
Classez les dossiers par taux horaire réalisé, du plus faible au plus élevé, sur le dernier exercice complet. Le bas de la liste est le point de départ, pas la conclusion. Pour chaque dossier concerné :
- Comparez au moins deux exercices, pour écarter les accidents.
- Confrontez le travail fait à la lettre de mission. Une partie du temps correspond-elle à des travaux qui n’y figurent pas ? Ce sont des honoraires oubliés plutôt qu’un dossier déficitaire.
- Isolez le temps évitable : pièces arrivées en retard, relances multiples, corrections répétées. Il se traite par l’organisation avant de se traiter par le prix.
- Estimez le prix juste : le budget d’heures réaliste multiplié par le taux cible.
Le bilan de la saison fiscale est le bon moment pour ce travail : les temps de production des bilans viennent d’être saisis, et la prochaine campagne n’a pas commencé. Le guide Organiser la saison fiscale le place dans le calendrier du cabinet. Les nouvelles missions méritent le même suivi dès leur première année : l’accompagnement à la facturation électronique, par exemple, se chiffre sur un budget d’heures qu’il faudra confronter au temps réel.
Revaloriser par avenant à la lettre de mission
La lettre de mission est le contrat écrit qui définit la mission et précise les droits et obligations de chacune des parties (article 151 du décret du 30 mars 2012). Toute modification de la mission ou de ses honoraires passe donc par un avenant, et la discussion qui le précède se prépare avec des faits :
- le temps passé sur les deux ou trois derniers exercices, mission par mission ;
- les travaux réalisés hors du périmètre de la lettre de mission ;
- les causes de temps évitable qui dépendent du client.
Plusieurs issues sont possibles, et la hausse n’est pas la seule : réduire le périmètre, transférer au client une partie du travail (pré-saisie, transmission dématérialisée des pièces, respect des dates limites), facturer à part les travaux exceptionnels, ou ajuster le forfait. Programmez ces discussions entre juin et l’automne, pour que l’avenant soit signé avant la saison suivante. Le guide Lettre de mission d’expert-comptable détaille le contenu d’un avenant.
Arbitrer une sortie de dossier
Quand la revalorisation est refusée, que le mali est structurel et que le dossier mobilise une capacité dont le cabinet a besoin ailleurs, la question de la sortie se pose. Le cadre déontologique est clair : l’article 156 du décret du 30 mars 2012 impose d’exercer la mission jusqu’à son terme normal. L’interruption en cours de mission n’est possible que pour des motifs justes et raisonnables, comme la perte de confiance manifestée par le client ou la méconnaissance d’une clause substantielle du contrat, en s’efforçant de ne pas lui porter préjudice.
En pratique, la voie normale est donc de ne pas reconduire la mission à son terme, en prévenant le client suffisamment tôt pour qu’il trouve un autre cabinet avant la clôture suivante. L’article 163 organise la suite : le confrère sollicité doit informer le cabinet sortant avant d’accepter la mission, et le cabinet sortant facilite, avec l’accord du client, la transmission du dossier. Facturez et faites régler le travail effectué avant le départ : le successeur doit s’assurer du paiement des honoraires conformes de son prédécesseur.
La décision se mesure aussi à ce qu’elle libère : les heures rendues à l’équipe, réaffectées à des dossiers qui les paient ou à la saison fiscale qui manquait de marge.
Kabineo tient le journal des temps par tâche et par collaborateur, et calcule côté serveur le chiffre d’affaires mensuel et annualisé de chaque dossier et de chaque mission dans ses statistiques. Quand les honoraires récurrents d’un dossier s’écartent de la dernière lettre de mission signée, il suggère un avenant.
Cet article est une information générale à jour au 5 octobre 2026. Il ne remplace pas l’analyse de la situation de chaque dossier ni la lecture des textes déontologiques applicables.
Questions fréquentes
Les honoraires sont fixés librement entre le client et l'expert-comptable, en fonction de l'importance des diligences à mettre en œuvre, de la difficulté des cas à traiter, des frais exposés et de la notoriété du professionnel (article 158 du décret du 30 mars 2012). Il n'existe pas de barème officiel. Les honoraires et la mission sont précisés dans la lettre de mission.
Aucun taux horaire n'est réglementé. Chaque cabinet calcule le coût de revient horaire de ses collaborateurs, y ajoute la marge qu'il vise et obtient un taux cible. Le taux horaire réalisé d'un dossier se mesure ensuite en divisant ses honoraires par les heures réellement passées : c'est lui qui dit si le prix tient.
Additionnez le coût annuel complet du collaborateur (salaire brut, charges patronales, avantages, quote-part des frais de structure), puis divisez par les heures qu'il passe réellement sur des dossiers clients dans l'année. Diviser par les heures payées sous-estime le coût, car une partie du temps payé n'est imputable à aucun dossier.
C'est l'écart entre les honoraires d'une mission et la valeur du temps passé, calculée au taux horaire de référence du cabinet. Un mali signifie que le dossier a consommé plus de temps que ses honoraires n'en paient. Un mali isolé s'explique souvent par un événement ; un mali qui revient chaque année appelle une revalorisation ou une redéfinition de la mission.
Le code de déontologie impose d'exercer la mission jusqu'à son terme normal. L'expert-comptable peut l'interrompre pour des motifs justes et raisonnables, comme la perte de confiance manifestée par le client ou la méconnaissance d'une clause substantielle du contrat, en s'efforçant de ne pas lui porter préjudice. Le plus simple reste de ne pas reconduire la mission à son terme, en prévenant le client à temps.
Sources
- Légifrance : Décret n° 2012-432 du 30 mars 2012, article 158 (honoraires)
- Légifrance : Décret n° 2012-432 du 30 mars 2012, article 151 (contrat écrit)
- Légifrance : Décret n° 2012-432 du 30 mars 2012, article 156 (interruption de la mission)
- Légifrance : Décret n° 2012-432 du 30 mars 2012, article 163 (succession d'un confrère)
- Code du travail numérique : article L3121-41 (seuil de 1 607 heures)