La saison fiscale d’un cabinet comptable va de janvier à mai : c’est la période où il produit les comptes annuels et les liasses des exercices clos au 31 décembre, en plus des travaux récurrents qui ne s’arrêtent pas. Elle se prépare entre octobre et décembre, en recensant les exercices, en budgétant les heures par dossier et en les confrontant à la capacité réelle de l’équipe. Elle se termine après l’approbation des comptes et le dépôt au greffe, par un bilan qui sert à préparer la suivante.
Ce guide ne reprend pas les règles fiscales de chaque déclaration : il renvoie aux fiches du calendrier fiscal et se concentre sur l’organisation.
La saison fiscale d’un cabinet comptable, de janvier à mai
On parle aussi de période fiscale, de campagne fiscale ou de campagne bilans. Pour un portefeuille où la majorité des exercices coïncide avec l’année civile, le fil est le même chaque année.
| Période | Ce qui se joue | Pour le détail |
|---|---|---|
| Octobre à décembre | Inventaire des exercices, budgets d’heures, envoi des listes de pièces | Ce guide |
| Janvier et février | Collecte des inventaires de fin d’exercice et des pièces, premiers dossiers prêts, déclarations annuelles de début d’année comme l’IFU | Fiches du calendrier fiscal |
| Mars | Acompte d’impôt sur les sociétés, production des bilans | Fiche acomptes d’IS |
| Avril | Fin de production, revue, préparation des liasses | Fiche liasse fiscale |
| Mai | Liasses (dont la déclaration 2065 pour l’IS), DAS2, solde de l’IS, déclaration annuelle de TVA des clients au régime simplifié | Fiches correspondantes |
| Juin | Approbation des comptes | Ce guide |
| Juillet et août | Dépôt des comptes au greffe | Ce guide |
Les dates exactes figurent dans les fiches et dans le calendrier fiscal des professionnels publié par impots.gouv.fr. Ce qui compte ici, c’est la conséquence pour le cabinet : tout se concentre sur quelques semaines d’avril et de mai, et la seule variable sur laquelle on agit vraiment est ce qui a été fait avant.
Octobre à décembre : faire l’inventaire des exercices et des dates
La première tâche est une liste. Une ligne par exercice à produire, pas par client : un client qui détient une holding et deux sociétés d’exploitation représente trois exercices, trois liasses et peut-être trois assemblées.
Pour chaque exercice, notez au minimum :
- la date de clôture et le régime d’imposition (IS, IR, BIC, BNC, revenus fonciers) ;
- les déclarations annexes qui s’ajoutent à la liasse (DAS2, déclaration de TVA annuelle, autres) ;
- la mission prévue par la lettre de mission (tenue complète, révision, présentation) et le budget d’honoraires ;
- le chef de mission et le collaborateur qui le produiront, et l’expert-comptable du dossier qui signera ;
- la présence d’un commissaire aux comptes, d’une banque ou d’un acquéreur qui attend les comptes à une date précise ;
- qui organise l’approbation des comptes : le cabinet ou le client.
À chaque exercice, associez une date interne, plus tôt que la date légale. La date légale est celle qu’il ne faut jamais rater ; la date interne est celle à laquelle on veut avoir fini, avec une marge pour la revue et les imprévus. Un portefeuille dont toutes les dates internes sont fixées à la veille de l’échéance légale n’a pas de planning, seulement une liste de risques.
Planifier la charge par collaborateur avant la campagne
Une fois l’inventaire fait, il faut deux chiffres par dossier et un par personne.
Le budget d’heures du dossier. Le meilleur point de départ est le temps réellement passé l’an dernier, tâche par tâche, et non le temps vendu. Ajustez-le de ce que vous savez : croissance de l’activité, changement de collaborateur, première année d’un dossier repris, client qui a changé de logiciel de facturation.
La capacité du collaborateur. Partez de ses heures contractuelles semaine par semaine, puis retirez les absences connues (congés, formations, temps partiel), les travaux récurrents qui continuent pendant la saison (déclarations de TVA mensuelles, paie, rendez-vous) et le temps interne. Ce qui reste est la capacité disponible pour les bilans.
La comparaison se fait semaine par semaine, pas sur la saison entière. Une équipe peut avoir assez d’heures sur cinq mois et être en rupture sur les trois dernières semaines d’avril. Les semaines en dépassement se traitent tôt : déplacer un dossier vers janvier si ses pièces sont prêtes, le confier à un collègue moins chargé, ou renégocier sa date avec le client quand rien ne l’impose.
La convention collective des cabinets permet une modulation du temps de travail, avec des semaines plus longues compensées dans l’année. Elle se programme à l’avance et reste encadrée par des plafonds hebdomadaires : le guide Convention collective expert-comptable les détaille. La modulation absorbe un pic prévu ; elle ne remplace pas une répartition réaliste.
Fixer l’ordre de traitement des dossiers
L’ordre de passage se décide avant la saison, avec des critères écrits. Sans critères, chacun commence par les dossiers faciles, et les plus lourds s’entassent fin avril.
- Les dossiers à contrainte externe. Un financement bancaire, une cession, un commissaire aux comptes qui attend les comptes, une assemblée fixée tôt : la date est imposée, le dossier passe en premier.
- Les dossiers à risque. Pertes importantes, capitaux propres devenus inférieurs à la moitié du capital social, doute sur la continuité d’exploitation, contrôle fiscal en cours, annonce BODACC inattendue : ils demandent du temps d’analyse et des échanges avec le client, qu’il vaut mieux avoir en mars qu’en mai.
- Les groupes. Dans un groupe en intégration fiscale, la société mère a besoin des résultats des filiales : les filiales passent avant.
- Les gros dossiers. Ils mobilisent un collaborateur sur plusieurs semaines et une revue plus longue. Les commencer tôt, c’est garder de la marge pour les corrections.
- Les dossiers simples. Ils remplissent les creux du planning, notamment quand un dossier prévu est bloqué faute de pièces.
Les dossiers qui attendent des pièces ne sont pas dans cette liste : tant qu’ils sont incomplets, ils ne prennent pas de place dans la semaine.
Relancer les pièces clients sans y passer la saison
Les pièces manquantes sont la première cause de retard d’une campagne, et la plus prévisible. Une organisation simple suffit :
- Une liste type par profil de dossier, envoyée en décembre : relevés bancaires au 31 décembre, inventaire des stocks, factures non parvenues, tableaux d’amortissement des emprunts, contrats et acquisitions de l’année, notes de frais, éléments de caisse.
- Une date limite écrite, que le client a vue avant les fêtes.
- Des relances à date fixe, faites par le collaborateur, sur un modèle préparé.
- Une escalade vers le chef de mission puis l’expert-comptable du dossier quand la deuxième relance reste sans réponse.
- Un statut « en attente client » visible de tous, avec la date de la dernière relance et ce qui manque.
La date de réception complète des pièces se note pour chaque dossier. Elle servira au bilan de la saison, et parfois à la discussion avec le client sur ses honoraires ou ses délais.
Prévoir la revue et la supervision dans le planning
La revue est souvent traitée comme une étape qui arrive après la production, quand l’associé « aura un moment ». En saison, ce moment n’arrive pas, et les dossiers terminés attendent leur relecture pendant que les échéances approchent.
Trois règles évitent l’embouteillage :
- La revue a un créneau. Pour chaque dossier, le temps de revue et le temps de correction qui suit sont dans le budget, et le relecteur a ces heures dans sa propre capacité.
- La profondeur dépend du dossier. Un dossier à risque ou nouveau appelle une validation complète par l’expert-comptable du dossier ; un dossier récurrent sans changement peut se contenter d’une relecture ciblée par le chef de mission.
- La revue suit la production, au fil de l’eau. Un dossier terminé un mardi est relu dans la semaine, pas regroupé avec vingt autres fin avril.
Les points de revue s’écrivent dans le dossier, avec leur réponse. Ils servent la qualité du dossier, la formation du collaborateur et le contrôle qualité de l’Ordre.
Des liasses à l’approbation des comptes et au dépôt au greffe
La transmission des liasses ferme la partie fiscale de la campagne, pas la saison. Il reste deux étapes juridiques, souvent sous-estimées parce qu’elles tombent quand l’équipe souffle.
L’approbation des comptes. Dans une SARL ou une SA, elle doit intervenir dans les six mois de la clôture ; dans une SAS, le délai est librement fixé par les associés. Si le cabinet organise l’assemblée, les projets de procès-verbal, le rapport de gestion quand il est requis et les convocations se préparent en mai, dès que les comptes sont arrêtés. Le juridique du cabinet a lui aussi une charge à planifier.
Le dépôt au greffe. Les comptes approuvés se déposent dans le mois qui suit l’approbation, ou dans les deux mois en cas de dépôt par voie électronique. Pour un portefeuille approuvé fin juin, la vague de dépôts tombe en plein été, période de congés : elle se prévoit dans la capacité de juillet et d’août comme le reste.
Les dossiers à exercice décalé, hors campagne
Les exercices clos à une autre date que le 31 décembre ont leurs propres échéances, qui suivent leur date de clôture : la fiche Liasse fiscale détaille la règle, et celle des acomptes d’IS le calendrier propre à chaque clôture.
Pour le cabinet, ils ont deux faces. Ils lissent la charge : un portefeuille où un dossier sur cinq clôture en juin ou en septembre a des mois d’été et d’automne productifs. Mais ils sont aussi les premiers sacrifiés : pendant la saison, un exercice clos fin janvier ou fin mars passe derrière la campagne, et sa propre échéance arrive sans que personne l’ait budgétée.
La règle est la même que pour la campagne : chaque exercice décalé a son budget d’heures, sa date interne et sa place dans la capacité du mois où il tombe. Quand un client hésite sur sa date de clôture, à la création ou à l’occasion d’un changement, la charge du cabinet peut légitimement entrer dans la discussion.
Faire le bilan de la saison fiscale
Le bilan se fait en juin, quand les souvenirs sont précis. Il répond à quelques questions, chiffres à l’appui :
- Budget contre réel. Pour chaque dossier, les heures passées comparées au budget. Les écarts importants ont une cause : pièces tardives, client désorganisé, mission qui a débordé de la lettre de mission, collaborateur nouveau sur le dossier.
- Retards. Quels dossiers ont dépassé leur date interne, et pourquoi : pièces, capacité, revue.
- Relances. Quels clients ont reçu plus de deux relances, et lesquels reviennent chaque année.
- Charge. Quelles semaines ont dépassé la capacité, pour qui, et combien d’heures de modulation ou d’heures supplémentaires ont été consommées.
Les décisions qui en sortent préparent la saison suivante : revoir l’ordre de traitement, avancer la date limite des pièces pour certains clients, redéfinir une mission par avenant, revaloriser les honoraires des dossiers qui dépassent leur budget chaque année. Le guide Rentabilité d’un dossier détaille cette dernière analyse.
Dans Kabineo, la configuration de l’exercice d’un dossier génère les tâches du bilan et de la liasse, de l’approbation des comptes et du dépôt au greffe, avec des échéances internes que le cabinet règle lui-même. Le planning hebdomadaire par créneaux, les absences et la charge comparée à la capacité de chacun servent à répartir la campagne ; la supervision des tâches (relecture ou validation) et les changements de statut en lot servent à la suivre.
Cet article est une information générale à jour au 5 octobre 2026. Les échéances légales de chaque déclaration figurent dans les fiches du calendrier fiscal ; elles ne remplacent pas la vérification de la situation de chaque dossier.
Questions fréquentes
La production des comptes des exercices clos au 31 décembre commence en janvier et culmine en avril et mai, avec le dépôt des liasses. Mais la saison fiscale se prépare dès octobre : inventaire des exercices, budget d'heures, demandes de pièces. Un cabinet qui commence à planifier en janvier subit la campagne au lieu de la conduire.
Partez d'un budget d'heures par dossier, fondé sur le temps réellement passé l'année précédente, et d'une capacité par collaborateur et par semaine, absences et travaux récurrents déduits. Comparez les deux semaine par semaine : les semaines où la charge dépasse la capacité se traitent en déplaçant des dossiers, pas en espérant des heures supplémentaires.
Envoyez la liste des pièces attendues en décembre avec une date limite, relancez à date fixe, puis faites intervenir le chef de mission ou l'expert-comptable du dossier. Le dossier passe en attente et sort du planning de la semaine : on ne réserve pas de temps à un dossier qui ne peut pas avancer.
Non, leurs échéances suivent leur propre date de clôture. Ils servent à lisser la charge du cabinet sur l'année. Attention aux exercices clos fin janvier ou fin mars : leur production tombe en pleine saison et doit être budgétée avec le reste de la campagne.